Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
3597 MembresCréer un compte
Découvrez agri-meteo

Vous avez dit 280 ?

Thumb_fj_traite_600
07Nov2015

280
- Oui, 280 !
- Non, ce n'est pas possible ! 280 !!! Tu en es sûr ?
- Oui et on annonce même 250 au printemps !
- Mais on va tous crever ! Et personne ne dit rien ?
- Non, rien.

280, oui, mais de quoi parle-t-on ? D'une hausse des impôts ? D'une limitation de vitesse ? D'un investissement ? D'une perte... Non, mais de quoi s'agit-il alors ? Du prix payés aux éleveurs pour le lait qu'ils vont produire ! 280 € la tonne de lait sur l'année 2016, avec un « pic » à 250 € au printemps. Voilà les prévisions qui sont faites et timidement annoncées depuis quelques semaines par les entreprises et les organisations agricoles pour l'année 2016 : 280 € de moyenne !

… Et tout le monde reste coi ! Personne ne dit rien ! Personne ne fait rien ! Il y a les ensilages, il y a les démarches administratives pour récupérer des aides, il y a les semis de céréales et il y a le boulot ! Oui, c'est vrai mais cela ne justifie en rien l'atonie générale actuelle ! Bien au contraire.

Les laiteries françaises prétendent tenir un prix légèrement supérieur à 300 € la tonne jusqu'à la fin de l'année 2015, mais après, elles devront s'aligner sur les concurrents et, alors, le prix « décrochera » en-dessous des 300 € la tonne.

Déjà actuellement, et depuis plusieurs semaines, dans certains pays européens le lait payé aux producteurs est inférieur à 300 € la tonne ; en Lettonie, c'est même 170 € la tonne. Dans tous les cas, le prix payé aux producteurs est en-dessous du coût de production ; à titre d'exemple, on estime qu'en Bretagne produire une tonne de lait coûte 340 € en moyenne. Cette moyenne cache une grande disparité : certains producteurs, en fin de carrière et/ou avec peu de charges, ont un coût de production inférieur à 300 €, mais pour d'autres, ils dépassent les 350 €, voire les 400 € ! Cette situation est intenable et pour beaucoup, cela va vite devenir dramatique !

En face d'une telle situation, que pouvons-nous espérer ? De la part des politiques : manifestement, rien. Soit ils sont incompétents, soit ils sont irresponsables. Mais le pire, c'est que nos décideurs sont tellement aveuglés par « ce grand marché totalement libre » régulé par la fameuse main invisible, si chère à Adam Smith, qu'ils en oublient de faire leur boulot pour lequel ils ont été élus, et donc par conséquent rémunérés.

"Amis paysans, combien de temps allez-vous tenir ?
Pourquoi acceptez-vous d'être humiliés,
d'être volés, d'être maltraités, méprisés ?
Notre vie vaut bien n'importe quelle vie.
Nous ne sommes pas des chiens galeux."

Et les syndicalistes de tout crin sont tellement à la recherche de reconnaissance et tellement en absence d'idées et d'influences qu'ils sont actuellement d'une discrétion exemplaire. Quant aux financiers, eux, ils sont d'une voracité telle qu'ils vendraient père et mère pour un pichet de mauvais vin.

Tout ce beau monde manque de lucidité et d'ambition et de ce fait, ils n'ont aucune vision à long terme ; il ne faut pas attendre grand-chose de bon de ces gens-là. Amis paysans, combien de temps allez-vous tenir ? Pourquoi acceptez-vous d'être humiliés, d'être volés, d'être maltraités, méprisés ? Notre vie vaut bien n'importe quelle vie. Nous ne sommes pas des chiens galeux. Nous devons nous reprendre en mains. Nous devons réagir, réclamer une juste rémunération pour notre travail. Pour cela, nous devons sortir de nos clivages politiques et syndicaux. Tous ensemble, nous sommes forts ! La société est et sera derrière nous. Alors, réagissez ! Même en de petites actions, mais bon sang, réagissez ! Seul ou collectivement, réagissez ! Faites-vous entendre avant qu'il ne soit trop tard, INDIGNEZ-VOUS !

Demain l'agriculture ne sera pas celle que nous connaissons aujourd'hui mais ne sera pas celle que l'on veut nous imposer, l'AEI (Agriculture écologiquement intensive) donc l'industrialisation est un concept en trompe-l’œil qui ne fera pas long feu, mais qui provoquera de gros dégâts. Ce type d'agriculture doit servir les intérêts des industriels. Dès maintenant, il faut construire une véritable alternative pour une agriculture créatrice d'emplois, de productions alimentaires et de productions d'énergies vertes, qui doivent être le fer de lance de l'avenir de l'agriculture. Les énergies fossiles vont manquer et donc vont devenir chères ; par l'agriculture, nous pouvons créer beaucoup d'énergie et d'emplois, en intégrant aux fermes des petites unités comme des éoliennes, des panneaux solaires, des méthaniseurs... Et si nous y associons les collectivités locales qui connaissent une véritable crise humanitaire (paupérisation, chômage de masse, exclusion, etc.), nous avons là un gisement colossal à exploiter pour avoir une vie sociétale apaisée. Sinon le pire est à craindre. Nous en sommes là aujourd'hui.

Alors réagissez et INDIGNEZ-VOUS ! Dès aujourd'hui, demain il sera trop tard.

Et n'oubliez pas : qui ne dit mot consent.


Pierrick Berthou et Aurélie Gabaud

 

Notre photo d'illustration ci-dessous est signée Franck Jourdain et montre le détail de la traite.

 

  • Envoyer cet article à un ami
  • Envoyer cet article par e-mail

    Etes-vous humain ?
    captcha
Auteur :
Avatar_blank

Berthou Pierrick

Elevage bovins lait

Eleveur laitier, en conversion bio, dans le Finistère.

En savoir plus
  • 2Commentaire
  • #1

    changer le systeme pour quoi? les gens en ont marre de se battre tous les jours pour expliquer aux consommateurs, aux industriels, aux politiques que leur travail mérite salaire, on a qu'une vie, doit-on la passer a perdre son temps a vouloir changer le monde???? on y a tous cru, on a investi, on s'est fait avoir, c'est ainsi, faut arrêter de ressasser de vouloir que ça change, ça bouffe l'énergie que l'on a en soi pour rien, faut savoir tourner la page, la vie s'arrêtera pas si on change de métier bien au contraire dans la vie normale on a un salaire quand on travaille, tant pis pour le consommateur si il y a plus du lait produit localement, tant pis pour l'employé de laiterie s'il perd son boulot, tant pis pour les paysages si ceux-ci s'embroussaillent; rien et absolument rien ne justifie que des gens produisent à perte des denrées alimentaires et gaspillent leur vie à travailler dur pour rien... a mais oui c'est vrai on y a cru, on a investi donc faut bien continuer pour rembourser les crédits....

  • #2

    je pense qu' au vu de l' état mental de mes clients (je suis ETA et je porte les dernières factures 2015) le moindre surcroît de normes ou de contraintes va pousser un charter d' éleveurs à cesser leur activité , j' ai bien compris que traire 730 fois par an , se lever à pas d' heure , payer des dizaines de milliers d' €uros chaque mois en aliment , vétérinaire , entreprise de travaux , compléments divers , tout ça pour finir à zéro , c' est bien loin de la vie dorée avec heures en moins , mois en plus , gratifications , témoignages de satisfaction , intéressements divers qu' on peut voir chez nos Français les plus choyés , tout ceci pour dire qu' on est à la fin d' une époque et que la poule aux œufs d' or va se suicider en haut du tas de fumier ou se jeter dans la gueule du renard par une nuit de pleine lune que nos dirigeants de tout poils se mettent dans la tête que la ligne rouge est franchie , le compte à rebours est commencé , au bout ce sera le néant pour tous

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.
x